Publié le 04/03/2021 à 16:00. Autrice : Adela Naibova

Tapis d’Azerbaïdjan : festival de couleurs !

Plusieurs villes du pays, comme Bakou ou Shaki, étant situées sur la Route de la Soie, l’Azerbaïdjan se fait connaître et reconnaître comme un des foyers emblématiques de la tapisserie mondiale depuis quelques siècles. Le tissage crée des liens au sens littéral comme symbolique surtout dans un État comme l’Azerbaïdjan, carrefour civilisationnel entre l’Est et l’Ouest, nourri par les cultures de trois grands ex-Empires (ottoman, perse et russe). Lesdits liens sont alors géographiques et temporels en plus d’être culturels.

Pour les initiés, l’Azerbaïdjan peut évoquer une multitude de choses dont la principale reste un héritage culturel et artistique important. « L'art traditionnel du tissage du tapis azerbaïdjanais en République d'Azerbaïdjan » a été inscrit en 2010 par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le tapis azerbaïdjanais est un tapis dense, fait à la main sur un métier à tisser. La laine, le coton ou la soie multicolores sont teints avec des colorants naturels. La fabrication de tapis est une tradition familiale, qui a toujours été principalement féminine, transférée par voie orale et par la pratique. Selon la tradition, les tapis créés par les jeunes filles étaient incorporés dans les dots de ces-dernières. Aujourd’hui, plusieurs artistes remasterisent cet art avec des techniques plus modernes pour faire connaître la culture azerbaïdjanaise au monde permettant d’offrir de nouvelles opportunités aux artisans et aux artistes, aux amateurs d’art et d’artisanat.

Les tapis d’Azerbaïdjan sont incorporés dans un groupe, celui des « tapis du Caucase » ou de la « Transcaucasie ». La plupart ont été créés aux XIXe et XXe siècles sur les territoires des actuels Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie, Daghestan même si les prémices de cette pratique remontent jusqu’au quatrième millénaire avant notre ère. Ils sont originellement créés grâce aux méthodes de kilims turciques mais sont également inspirés de la culture persane (région de Tabriz). Il existe neuf techniques de tissage (Cheten, Hesir, Palas, Ladi, Jejim, Shedde, Zili, Verni, Sumakh). La densité moyenne est d’entre 90 000 à 160 000 nœuds par m2. Les tapis azerbaïdjanais sont classés dans quatre grands groupes régionaux, à savoir Quba-Shirvan, Ganja-Kazakh, Bakou et Karabakh.

loader

La tradition de la tapisserie : l’exemple des Tapis du Karabakh

Rien que les tapis de la région du Karabakh se subdivisent en une multitude de catégories, chaque ville ayant sa propre technique, ses propres coutumes. Les contrées azerbaïdjanaises ont hébergé des populations semi-nomades qui se distinguaient surtout entre celles qui vivaient en montagne et celles qui vivaient en plateau. Ainsi il existe trente-trois sortes de tapis, issus des districts de Choucha, Agdam, Barda, Beylegan, Lachine, Kalbajar, Fuzuli, Khodjali, Zangilan, Djabrayil, Goubadli…

Les tapis du Karabakh, sont à l’instar de la région dont ils sont issus, représentatifs du patrimoine culturel et naturel de celle-ci. Les teintures, d’origine végétale naturelle, utilisées sont des couleurs vives, essentiellement le rouge, le vert, le jaune, le noir, le bleu foncé, le blanc, le mauve. Les motifs représentés sont divers et variés, on y retrouve des éléments issus de la faune et de la flore en règle générale, ou d’autres plus emblématiques et traditionnels comme ceux issus du zoroastrisme : le buta. Le buta (boteh en persan) symbolise les 4 éléments de la nature, on peut y voir symboliquement une goutte d’eau, une flamme, une feuille ou l’air.


Deux des motifs typiquement emblématiques de la tapisserie du Karabakh sont le Chelebi ansi que le Dragon, également appelé le « S » ou le « Varni ».

loader

L’exemple du Chelebi

Le Chelebi, qui pourrait se traduire par « lever du soleil » est un des tapis qui contribue à la réputation de l’Azerbaïdjan en matière de tapisserie. Le Chelebi est en effet le nom du médaillon central qu’on peut assimiler à un lever de soleil ou à une fleur de tournesol. Ces tapis sont depuis deux, trois siècles, exposés dans divers musées à travers le monde et très convoités lors d’enchères internationales.

Ils doivent leur succès notamment à leurs manufacturiers d’origine qui étaient des Soufis de l’époque Séfévide qui se sont installés dans des villages du Karabakh (districts de Djabrayil et Barda) qui ont alors pris le nom de Chelebi. Ces soufis représentaient via ce motif leur propre parcours spirituel qui consiste à atteindre la « lumière des lumières » (Nur al-Anvar). Ainsi, les acheteurs considèrent ces tapis comme des « miroirs mystiques » des parcours de leurs créateurs.

La renaissance de la tapisserie : la nouvelle génération !


La culture d’Azerbaïdjan a pour spécificité de toujours allier plusieurs mondes, plusieurs générations. Tout comme certains musiciens ont réinventé la tradition de l’opéra azerbaïdjanais Mugham grâce au style musical moderne de Mugham-Jazz, il en va de même pour les férus de tapisserie.

Ainsi, de nombreux artistes, artisans et entrepreneurs contemporains se sont emparés de cet héritage traditionnel pour le réinventer et entretenir l’intérêt des amateurs internationaux pour le savoir-faire azerbaïdjanais ainsi que pour permettre aux artisans locaux de maintenir cette tradition dont l’entretien demande beaucoup de temps et de minutie

  • loader

    L’exemple de Faïg Ahmed

    Diplômé de l’Académie des Arts de Bakou, cet artiste azerbaïdjanais se fait rapidement connaître à l’international grâce à ses oeuvres alliant la tradition de la tapisserie azerbaïdjanaise à un style ultracontemporain (utilisation de pixels, fondus, trompes l’oeil etc).

    Exposés dans divers musées et biennales à travers le monde, ses oeuvres sont qualifiées de « révolutionnaires » dans son domaine.

    Lire la suite

  • loader

    L’exemple d’Eldar Mikayilzade

    Membre de l’Union des Peintres de l’UNESCO, ce peintre tapissier se fait connaître en réinventant à sa façon l’art de la tapisserie azerbaïdjanaise

    Représentant sur des tapis des éléments peu communs jusqu’alors, comme des scènes religieuses (comme ci-dessus) ou des coutumes azerbaïdjanaises, un repas de Novruz par exemple, la fête nationale azerbaïdjanaise la plus importante, héritée du zoroastrisme.

    Lire la suite

  • loader

    L’exemple de Chelebi

    Cette marque de décoration intérieure, nommée d’après l’un des motifs les plus traditionnels et anciens de la tapisserie azerbaïdjanaise comme vu précédemment propose des meubles et ustensiles et autres éléments de décoration intérieure rendant hommage à l’art de la tapisserie azerbaïdjanaise.

    Permettant de rendre plus accessible à un plus vaste public cet art et permettant à n’importe qui à travers le monde de posséder chez soi une part d’Azerbaïdjan.

    Lire la suite

loader

De nombreux et divers tapis sont exposés au Musée du Tapis d’Azerbaïdjan situé à Bakou, il s’agit du premier musée uniquement consacré à la Tapisserie au monde.

Il ressemble lui-même à un tapis enroulé et son architecte est Franz Janz.

loader

Article d'Adela Naibova